Une suite de décisions et de documents romains viennent de mettre en lumière les orientations que Benoît XVI prétend mettre en oeuvre. Par leur contenu, celles-ci mettent fin aux orientations du Concile Vatican II et ouvrent une ère de restauration, au risque de provoquer un nouveau schisme ou le détournement d'un certain nombre de chrétiens de l'Eglise vers d'autres formes et lieux de spiritualité.
Aussi, dans un premier temps, il parait important de se demander " comment en est-on arrivé là ? "
Une première cause est une mutation globale de la société qui a échappé à l'attention de nos responsables religieux ou dont ils n'ont pas voulu tenir compte, car remettant en cause leur rôle et leur formation. Ainsi on a pu constater " un moindre engouement pour ce qui est collectif " et un phénomène d'individualisation. Cela a abouti à de nouvelles formes de regroupement : limité dans le temps et dans l'objectif à atteindre ou encore en réseaux.
La deuxième cause est " la pauvreté du langage chrétien actuel ". Ni la symbolique, ni l'émotion, ni l'imaginaire n'y retrouvent leur compte ! La créativité, quand elle arrive à s'exercer, est objet de suspicion voire de rejet non seulement de la part de certaines autorités religieuses mais aussi d'une partie des catholiques encore pratiquants. La liturgie est devenue souvent cérébrale, ennuyeuse, sans lien réel avec la vie des femmes et des hommes de notre temps !
La troisième cause est que, tout en se prétendant " ouverts ", des prêtres mais aussi des laïcs en responsabilité sont directifs voire autoritaires.
Des théologiens se sont autocensurés de peur d'être sanctionnés ou se sont contentés à être " la voix de son maître ".
militante catholique épuisée pour avoir dû monter trop d'étages !
De grands " rassemblements télévisuels " ont tenté de cacher la réalité : le peu de présence active
des 18-35 ans, ce qui hypothèque gravement l'avenir des communautés chrétiennes. Enfin, les évêques, sauf quelques rares personnalités, n'ont pas osé ouvrir une forme de ministère pastoral
renouvelé. De ce fait, chrétiens en responsabilité et prêtres se sont épuisés à la tâche ou se sont découragés devant le peu de succès apostolique et le manque de relève.
Cette dévitalisation de forces vives a permis à une alternative de type conservateur voire intégriste d'occuper le terrain. La nostalgie d'un passé idéalisé a envahi certains esprits. " Un
moralisme coincé, anachronique, inhumain et parfois hypocrite " en particulier dans le domaine de la sexualité s'est affiché. Joseph Ratzinger, par sa rigidité doctrinale et morale, a conforté
cette évolution.
Or on ne peut enfermer le mystère chrétien dans des formules, des rites et des prescriptions qui ont été élaborés en fonction de la culture d’autres époques. Ils se révèlent bien souvent inadaptés pour la mission de l'Eglise : transmettre et faire vivre pour nos contemporains le message d'amour de Jésus-Christ.
Ce constat affligeant amène à formuler quelques perspectives de résistance et d'ouverture à notre monde contemporain. C'est l'objet de la deuxième partie de ce Manifeste.
PERSPECTIVES POUR UN CATHOLICISME RENOUVELÉ
Inquiète du virage qui s’effectue dans l’Eglise catholique par les orientations et décisions prises par le Pape Benoît XVI en rupture avec l’esprit du Concile Vatican II, l’association Chrétiens sans Frontières 95, membre de la fédération Réseaux du Parvis, invite les chrétiens à entrer en résistance en utilisant les moyens les plus efficaces pour être entendus de l’ensemble des chrétiens et des autorités religieuses.
En dénonçant
Toutes formes d’intégrisme, de fanatisme.
Toute atteinte à la liberté de penser, d’écrire, de prier,
d’aimer.
Toutes formes d’autoritarisme et tout abus de pouvoir de la part de ceux et celles qui exercent des
responsabilités.
Toute discrimination de caractère culturel ou sexuel.
En proposant
de vivre selon l’esprit du Concile Vatican II et de l’Evangile :
En accueillant
avec intérêt, curiosité, sympathie et bienveillance la pensée et la vie des femmes et des hommes d’aujourd’hui sans jamais se départir d’un sain esprit critique à la lumière du message
évangélique.
En invitant
chacun/e à prendre ses responsabilités pour participer activement à la construction d’une civilisation de l’amour, basée sur la paix, la justice, la solidarité et la
fraternité.
En soutenant
toute initiative laïque au service de l’homme, en participant aux mouvements de libération.
En découvrant
que le pluralisme dans la manière de vivre la relation à Dieu et aux autres peut être source d’enrichissement mutuel, ce qui suppose de renoncer à détenir une vérité définitive et absolue, en particulier sur tout ce qui concerne les redoutables questions du début et de la fin de vie.
En appelant
à un fonctionnement plus démocratique et plus fraternel de l’Eglise, en accord avec la Déclaration des Droits de l’Homme, avec des espaces de débats, de prises de décisions collectives. Que les
femmes y aient toute leur place : qu’elles puissent exercer toute fonction nécessaire au service des communautés chrétiennes.
En participant
à l’existence de lieux d’Eglise où puissent se retrouver celles et ceux qui veulent travailler selon ces perspectives, célébrer autrement et se conforter dans ce combat de résistance, enraciné
dans la foi en Jésus-Christ.
" L’Eglise s’invente également en marge ", " Il faut déjà
rêver de ce qui pourra venir après, qui se prépare discrètement et qui nous surprendra peut-être ! " (Golias).
Contact : CsF95@orange.fr ou Jacqueline SEBBEN – 5, rue de Grenoble – 95100 ARGENTEUIL
Les chrétiens sans frontières du Val d'Oise (CsF 95) sont membres de la Fédération du Parvis
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